Emission Regards Croisés d’experts#2 « Demain tout le monde en télétravail » : Ce qu’il faut retenir

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Demain, tout le monde en télétravail ?

Décembre 2020, nous sommes toujours confinés pour une durée indéterminée…le télétravail s’est généralisé et nos modes de travail ont été profondément bouleversé ces derniers mois.

Camy Puech, CEO de Qualisocial, reçoit Jean-François Pecqueur, Directeur des Relations Sociales chez OVH Cloud et Julien Paccaud, ostéopathe, speaker et co-fondateur de Slean, fabriquant de mobilier destiné au télétravail. Ensemble, ils reviennent sur les étapes du déploiement du télétravail dans leurs entreprises et nous livrent quelques conseils pour préserver sa qualité de vie dans ce contexte inédit.

Camy :

Jean-François, comment se passait le télétravail chez OVH Cloud avant la crise sanitaire ?

Jean-François :

Le télétravail est assez récent chez OVH Cloud, nous avions commencé à sonder les besoins de nos collaborateurs en 2015 via des enquêtes d’engagement. Nous avons réalisé des tests (Proof of Concept) pendant une année sur une cinquantaine de collaborateurs qui étaient en télétravail complet ou partiel. Nous avons également formé nos managers. Ces tests ont été concluants et ont permis de lever des craintes de certains collaborateurs. Grâce à ce test, depuis 2018, nous avons généralisé le télétravail jusqu’à 2 jours par semaine de façon récurrente ou  jusqu’à 20 jours par an de façon ponctuelle.  Cette nouvelle organisation répondait à 2 objectifs  : plus de flexibilité et plus de confiance. 

Camy :

Et cela a-t-il bien fonctionné ? 

Jean-François :

Tout à fait, puisque dès la première année, un tiers de nos collaborateurs a utilisé le dispositif de télétravail ponctuel. En revanche, le dispositif de télétravail récurrent a eu moins de succès puisqu’il n’a concerné que 6 à 7% de nos collaborateurs. C’est finalement le dispositif le plus flexible qui a le mieux fonctionné chez nous. 

Camy :

Julien, quelle est ta vision du télétravail avant la crise ?

Julien :

Il y a une vraie distinction à faire entre le télétravail désiré/choisi et le télétravail imposé/subi tel que nous le vivons actuellement. Avant le confinement, le télétravail était presque fantasmé par les collaborateurs, synonyme d’équilibre vie pro/vie perso. Le temps gagné en transport par exemple permet aux salariés de s’offrir plus de temps de qualité pour eux et leurs proches. 

Camy :

Jean-François, comment s’est passé ce télétravail imposé depuis le mois de mars ?

Jean-François :

Nous avons mis en place le télétravail quasiment du jour au lendemain pour 75% de nos effectifs, en conservant d’autres collaborateurs sur site notamment dans les ateliers, les usines et les datacentres pour assurer la continuité de nos services. Les premiers jours, l’enjeu a principalement été un enjeu technique pour faire en sorte que nos structures tiennent. Le télétravail imposé oblige l’entreprise à s’assurer de la qualité de connexion de ses collaborateurs. Concrètement, nous avons mis des clés 3G à disposition de tous nos collaborateurs.

Camy :

Se pose également la question d’équité entre les télétravailleurs et les équipes sur site, qu’en pensez-vous ? 

Jean-François :

La question de l’équité s’est posée à partir de juin. Notre enjeu a été de fournir la même expérience collaborateur à tous nos salariés qu’ils soient en télétravail ou sur site, y compris concernant les avantages sociaux (restaurant d’entreprise, salle de sport…). L’enjeu est également de proposer une équité au niveau international car nous sommes présents sur plusieurs pays. L’équité d’expérience est la mission que nous nous donnons depuis 2 ans et c’est l’histoire dans laquelle nous souhaitons nous inscrire chez OVH Cloud. 

Camy :

C’est très encourageant de constater qu’une entreprise du capital se donne une mission à impact positif pour la société en réduisant l’iniquité. 

Julien, quel a été l’impact de cette généralisation du télétravail sur l’aspect corporel ? Quel constat fais-tu dans ta pratique ? 

Julien :

Outre l’augmentation des troubles musculo-squelettiques, je constate également une perte de repères spatio-temporels inhérente au télétravail qui altère notamment la qualité de sommeil. Je présage du pire en terme de risques psychosociaux pour les télétravailleurs à long terme. Au cabinet, on constate de plus en plus de cervicalgie, de migraines et des dysfonctionnements digestifs liés au manque de mouvement. Il ne faut pas les négliger d’autant plus qu’un incident survenu en télétravail pendant les heures de travail est considéré comme un accident de travail. 


Sondage : Qu’est ce qui vous semble le plus difficile à vivre en télétravail ?

  • 50% ont répondu « le manque de contact avec mes collègues »
  • 38% ont répondu « des douleurs physiques qui apparaissent (maux de tête,dos) »
  • 12% ont répondu « des troubles du sommeil »

Camy :

Chez Qualisocial, nous accompagnons près de 10 000 personnes chaque année, nous avons constaté une augmentation de 300% de demandes de soutien psychologique suite au premier confinement. Les raisons évoquées sont :

  • 1/l’isolement vis à vis de l’entreprise et mon manager
  • 2/ le manque de soutien avec les collègues
  • 3/le déséquilibre pro/perso

Nous avons également constaté que les alertes harcèlement moral ont été multipliées par 3 pendant le deuxième confinement. 

Si je résume, nous faisons tous les trois un constat plutôt négatif de ce télétravail généralisé (TMS, RPS, iniquité..), pensez-vous que le full télétravail ne soit pas la meilleure option pour demain ?

Jean-François :

Alors, il y a bien entendu des impacts positifs comme l’équilibre vie pro/vie perso par exemple. Chez OVH Cloud, nous ne considérons pas le full télétravail comme un modèle viable et durable à long terme. Nous privilégions un modèle hybride. Ce modèle ne sera viable qu’en développant fortement la valeur de confiance et la mise en place d’outils collaboratifs qui vont compenser l’isolement du télétravailleur. Pour nous, le telétravail qui permet d’obtenir le meilleur engagement collaborateur serait un mix de 3 jours maximum en télétravail et 2 jours sur site. 

Camy :

Que penses-tu de l’Accord National Interprofessionnel qui vient d’être signé sur le sujet ?

Jean-François :

Cet ANI a permis d’apporter de la clarté sur la notion d’accident du travail dans une situation de télétravail en engageant une responsabilité de l’entreprise. Le CSE va également avoir un droit de regard sur les conditions de travail du télétravailleur. 

Julien :

Cela va être une formidable opportunité pour les entreprises pour repenser nos modes de travail (espaces de travail, outils, mode de management…). Il faut se rappeler que selon des études, en moyenne 60 à 70% des sièges de bureaux ne sont pas occupés, c’est l’occasion de repenser ces espaces. 

Camy :

En synthèse, on voit dans cette évolution du télétravail des opportunités et des menaces. On a en tête un mythe selon lequel le tout télétravail représenterait un source d’économie considérable pour les entreprises, qu’en pensez-vous ?

Jean-François :

Il est évident que le tout télétravail permettrait de faire des économies de charges, en revanche un modèle hybride pourrait rapidement côuter plus cher en doublant un certain nombre de côuts. il faudra regarder dans le détail et optimiser. Quoiqu’il en soit, l’accompagnement de la mise en place du télétravail par l’entreprise est un enjeu clé pour prévenir les RPS.


Sondage : Quel serait le modèle idéal de télétravail selon vous ?

  • 0% ont répondu « full télétravail »
  • 36% ont répondu « modèle hybride 50/50 »
  • 33% ont répondu « 20% télétravail / 80% entreprise »
  • 25% ont répondu « 80% télétravail/20% entreprise »
  • 6% ont répondu » full entreprise »

Camy :

Jean-François, tu me disais en off que le tout télétravail va générer des situations d’iniquité dès l’embauche entre une personne qui prétendra avoir toutes les conditions idéales requises pour télétravailler et d’autres…

Julien :

Une des solutions pour pallier à cette iniquité existe : les tiers-lieux accessibles aux télétravailleurs. 

Camy :

Quels sont les outils que vous utilisez en télétravail et que vous pourriez partager avec nos auditeurs ?  

Jean-François :

De notre côté, nous administrons régulièrement des enquêtes d’engagement avec l’outil Peakon. Nous mettons également à disposition de nos collaborateurs de la télémédecine avec Qare ainsi que des lignes d’écoute et de soutien avec Qualisocial et enfin Beekast comme outil collaboratif. 

Julien :

De mon côté, je tenais à vous partager quelques exemples de postures de télétravail en vidéo, Je vous invite à prendre soin de vous et à vous poser tous les soirs cette question : « Qu’est ce que j’ai fait pour moi aujourd’hui ? » 


🔧 Boîte à outils  :

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