Blurring : savoir reconnaître les signes et le prévenir

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Réussir à trouver un équilibre entre vie privée et vie professionnelle est un enjeu très actuel. Pourquoi ? Parce que la frontière entre les deux peut vite s’opacifier : c’est ce que l’on appelle le blurring.

Comment le reconnaître ? Quelles sont ses causes et ses conséquences ? Comment le prévenir ?

On fait le point.

Blurring : qu’est-ce que c’est ?

Le terme « blurring » vient du verbe anglais « blur », qui signifie : brouiller, troubler, estomper. Dans le monde du travail, ce phénomène désigne l’estompement des limites entre vie privée et vie professionnelle.

homme seul qui travaille la nuit à son bureau

Même si le blurring ne date pas d’hier, il se développe à vitesse grand V ces dernières années : consultations de ses messages professionnels à toute heure, travail dans les transports ou chez soi en dehors des heures ouvrées, etc. Les smartphones et la démocratisation du télétravail, même s’ils ont de nombreux avantages, n’aident pas toujours à faire la part des choses.

Les chiffres sont d’ailleurs sans appel : déjà en 2014, quasiment 70 % des salariés européens disaient être sollicités par leur travail hors des heures de bureau (Sources : AFP et l’Express). Ce chiffre monte à 80 % chez les managers, dans un contexte où 55 % des entreprises françaises équipent leurs collaborateurs d’une connexion Internet et d’un smartphone. On imagine bien que la tendance ne s’est pas inversée…

Plus récemment, une enquête réalisée par OpinionWay pour Eléas (2018) nous apprend que :

  • 47 % de l’échantillon interrogé (composé essentiellement de cadres et de managers) déclare utiliser leurs outils professionnels numériques pour travailler le soir ;
  • 45 % le weekend ;
  • et 35 % pendant leurs vacances.

Bon à savoir : les personnes les plus touchées par le blurring seraient celles ayant un besoin prononcé de contrôle, de maîtrise, les perfectionnistes, ainsi que celles ayant du mal à poser des limites et/ou craignant les reproches (conscience professionnelle peut-être trop développée, environnement de travail problématique, etc.).

Les causes du blurring

Mettre le développement du blurring exclusivement sur le dos des nouvelles technologies serait simpliste.

personne qui travaille sur son ordinateur portable et consulte son smartphone

Il est vrai que le numérique et ses outils ont nécessairement fait évoluer les habitudes de travail : ordinateurs portables, Internet accessible partout, accès au réseau d’entreprise à distance, etc. Si cela permet de gagner en flexibilité et en liberté, on peut aussi rapidement tomber dans l’hyperconnexion.

Ceci étant dit, ces « nouvelles » technologies commencent à ne plus être si nouvelles que cela. Leurs défauts sont désormais connus, et l’augmentation du phénomène de blurring ne peut donc pas s’expliquer seulement par ce point.

D’une part, les sphères personnelle et professionnelle n’ont jamais été des bulles complètement cloisonnées : une porosité indéniable existe depuis toujours, porosité qui fonctionne d’ailleurs dans les 2 sens.

D’autre part, comme nous l’évoquions précédemment, certaines personnalités sont plus à même de glisser dans le blurring. Mais la réalité est que personne n’est véritablement à l’abri : nous sommes nombreux à être tentés de vouloir renvoyer une image de performance et de disponibilité professionnelle permanente, ou tout du moins de grande réactivité. Que ce soit en écho aux attentes d’une clientèle plus pressée et plus exigeante, pour s’inscrire dans une culture d’entreprise, ou tout simplement parce que nous souhaitons apporter plus de souplesse et de modularité à notre planning, nous pratiquons tous plus ou moins le blurring, à un certain degré.

Bon à savoir : connaissez-vous le FOMO (Fear Of Missing Out) ? Cette angoisse de rater quelque chose, qui peut nous pousser à garder notre téléphone à portée pour pouvoir consulter à tout moment nos dernières notifications Facebook, peut également exister dans la sphère professionnelle. Même si rien ne vous y oblige, vous vérifiez vos mails, les dernières actualités de l’entreprise, etc. à tout moment, presque de manière inconsciente. On est ici quasiment face à un TOC, qu’il ne sera pas toujours évident de lâcher.

Le blurring : quelles conséquences concrètes ?

Si le blurring présente l’avantage indéniable d’apporter de la flexibilité et une optimisation possible de sa gestion du temps, il peut avoir des conséquences réellement pernicieuses :

femme stressée devant son ordinateur
  • Perte des repères entre vie professionnelle et vie privée : l’hyperconnexion peut donner l’impression de ne jamais complètement décrocher du travail.
  • Diminution de la qualité de travail et des performances, apparition d’un sentiment de culpabilité pendant les heures non travaillées.
  • Développement d’un stress chronique, d’anxiété, et de fatigue psychique : avoir le sentiment de devoir être disponible en permanence est épuisant à la longue.
  • Dans les cas les plus graves, le blurring peut même aller jusqu’à entraîner un burn-out.

Prévention du blurring

Depuis le 1er janvier 2017, la France a fait rentrer le droit à la déconnexion au Code du Travail (article L. 2242-1). C’est d’ailleurs le 1er pays au monde à prendre une telle initiative !

homme et femme qui rient au travail

Concrètement, ce droit à la déconnexion stipule que les salariés ne sont pas tenus d’être joignables en permanence par leur employeur en dehors des heures ouvrées, qu’ils soient en télétravail ou non. Le but ? Assurer le respect des temps de repos et de congés, participer à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle et familiale, et protéger la santé des salariés.

La crise sanitaire que nous avons traversée a mis sur le devant de la scène les risques du blurring. Une étude menée par la Harvard Business School en septembre 2020 révèle ainsi que les salariés en télétravail consacrent près d’une heure supplémentaire par jour à leur travail (48,5 minutes).

Il est donc essentiel pour les entreprises, tout comme les salariés, de mettre en place des actions de prévention contre le phénomène du blurring.

Côté employeur :

  • Informez vos collaborateurs sur le droit à la déconnexion et communiquez sur les horaires de travail, au besoin en les adaptant en fonction des équipes.
  • Encouragez vos salariés à communiquer seulement pendant les heures ouvrées.
  • Donnez l’exemple en envoyant vos mails pendant la journée de travail, en ne planifiant pas de réunion qui débordent sur le début de la soirée, etc.
homme qui réfléchit devant son ordinateur portable

Côté salarié :

  • Respectez vos horaires de travail, au besoin en vous mettant des rappels dans votre agenda.
  • Une fois la journée terminée, éteignez tous vos appareils professionnels et/ou coupez les notifications.
  • Évitez d’envoyer des mails à vos collègues en dehors des heures ouvrées : la tentation du mimétisme fait souvent boule de neige.
  • Prenez du temps pour décompresser : relaxation, méditation, yoga, activité créative, etc.
  • Ne soyez pas trop dur avec vous-même : le mot d’ordre est la bienveillance !

Vous pouvez auto-évaluer votre niveau d’épuisement professionnel à l’aide du test suivant.